Battlefields - François-Marie Banier

Ma feuille de route : la route de tout son long entre villes, champs, jambes, leurres, fumées du ciel, rayons du soleil, gesticulations, Gay Prides où lueurs de l’âme, du corps, des cœurs transpercent transes et raideurs des imageries du monde.

Les gays, pour dire très vite hommes et femmes, autrefois homme ou femme, dépassez les genres, je n’y ai jamais prêté attention jusqu’à la maladie appelée AIDS puis SIDA qui au regard de la mortalité à venir m’a cloué de chagrin.

Ils mourraient les uns, les unes après les autres. Guerre d’un virus insaisissable, démoniaque.

Didier vivait à la maison. Un vrai copain. Médecin, il est un des tous premiers à deviner l’immensité de la tragédie. Il la voit avancer, tuer. Il en sera une des victimes. C’était à Paris, à New York, en Australie. Partout.

Avant j’avais vu des morts. Pas autant, pas si jeunes. Pas à la chaîne. J’avais vu des accompagnements, des chambres mortuaires, parents, frères, amis en pleurs.

Autour, avec, auprès des homosexuels, hommes femmes, où d’autres touchés par l’épidémie, je n’ai vu que des anges. Plus que des anges. Ferveurs délicates aux inventions, ô fidélité, si touchante, bouleversante. Le bourgeois de chez bourgeois n’en revenait pas et racontait le placement à la messe, la dignité au cimetière comme à la volée des cendres, la chaleur de tous. Adieux de géants de sensibilité hors pair. D’accompagnements d’une douceur, de ferveurs inimaginables. Infirmières, médecins, voisins, le monde enfin gentil.

Voilà que j’entre dans une Gay Pride à Paris. Je photographie la poésie, la drôlerie, l’affrontement avec les idées reçues des caparaçonnés.

New York, Londres, Rome, Bruxelles, je suis et peins comme d’habitude au déclic, le plus souvent en noir et blanc. Fauves, enfants de chœur, couronnés de pastilles Valda, notaires en cornettes, mômes de Gala et Salvador Dali, conteurs de tous pays, tout un monde qui sait rire et prier.

FMB

Battlefields

par François-Marie Banier


Ce texte a été écrit par François-Marie Banier à l’occasion de la sortie de son livre Battlefields publié chez Steidl en 2020.


Photo: Sans titre, par François-Marie Banier