Entretien entre François-Marie Banier et Martin d’Orgeval - François-Marie Banier

Qu’est-ce qu’une exposition ?

 Une confrontation entre l’artiste, son monde, ses idées, ses formes, et le monde extérieur qui entre et viole.

Pourquoi montrer des gens vieux et des marginaux, des laissés pour compte, vous reconnaissez-vous en eux ?

Les gens vieux, les marginaux, que j’aimante avec mon appareil – qui n’est qu’une excroissance de mon cœur – ont une musique singulière. Qu’elle soit honnête, ou goguenarde, elle m’emporte. Enfant, c’est sur les bancs publics que je suis allé écouter  « la bonne parole ». Des divagations parfois, mais ô combien plus séduisantes que la panoplie conventionnelle des conversations oiseuses des gens qui m’entouraient portant chaussures brillantes comme leur cercueil.

Pour revenir aux marginaux, qui n’envie pas leur courage, n’admire pas leur originalité, ne donne pas raison à leur distance vis-à-vis des encroûtés que nous sommes, nous qui acceptons les rôles sociaux, la comédie des hiérarchies artificielles ? Par peur, et surtout pour garder le contrôle de notre place, ce qui est le contraire de l’art qui est risque, comme tout pas dans l’inconnu.

La beauté, c’est l’autre. L’autre total. L’autre lavé de tout cliché, de tout a priori, hélas souvent pris dans les griffes d’une société qu’il ne comprends pas et le lamine.

Pensez-vous dresser un portrait du monde actuel, du monde tel qu’il est ?

Le monde actuel ? La rue est son meilleur reflet avec ses mélanges, ces souffrances qui tiennent encore debout, ou à peine, où plus du tout, sur lesquelles l’œil de l’imbécile heureux a appris à glisser.

 Pourquoi Perdre la tête ?

Parce qu’on oublie tout de soi, et du monde, face à l’autre qui vous absorbe et que vous allez rendre par une image de cet instant unique : la rencontre avec un monde total.

Quels sont vos projets ?

Vivre.

Entretien entre François-Marie Banier et Martin d’Orgeval

par Martin d'Orgeval


Cet entretien a été réalisé par Martin d’Orgeval à l’occasion de la sortie du catalogue de l’exposition Perdre la tête qui a eu lieu à l’Académie de France à Rome, Villa Médicis du 26 octobre 2005 au 9 janvier 2006.


Photo: Martin D'orgeval par François-Marie Banier