François-Marie Banier

Les résidences du hasard

par Jean-Luc Monterosso

Paris
2003

Depuis 1991, date de son exposition au Centre Georges Pompidou, aucune institution en France n’a montré les photographies de François-Marie Banier. A l’exception d’un remarquable accrochage de ses travaux récents à la galerie Ghislaine Hussenot en 1999, le public parisien n’a eu que peu d’occasion de se confronter à cette œuvre singulière.

 

Pourtant classique dans ses origines, la photographie de François-Marie Banier, à mi-chemin entre Kertesz et Diane Arbus,  affiche cependant avec insolence et désinvolture une forme de modernité, et entretient, entre lumière, écriture et peinture, un faisceau de relations subtiles. Non seulement François-Marie Banier invente, en mélangeant le grain argentique aux pleins et aux déliés d’une écriture harmonieuse et dansante, une sorte de photo-calligraphie, mais en bousculant les genres et les conventions, il introduit dans l’espace propre de la représentation un désordre convaincant. La photographie seule ne peut rendre compte du réel et surtout du temps qu’elle immobilise et, si elle nous « donne », selon Banier, « ce que nous demandons à la littérature », à l’inverse, seule la littérature peut lui donner la possibilité de sortir d’elle-même, d’être « cette intelligence » qui est à la fois « conspiration entre réalité et rêve, moment et esprit du moment ».

 

Mais qu’on ne s’y méprenne point. Ce n’est pas en écrivain que François-Marie Banier aborde l’art de Niépce. C’est en artiste obsédé par la forme qui, dans une furieuse jubilation, s’efforce de faire jaillir de l’instant fossilisé quelques étincelles de vie.

 

Dans ce combat avec le temps, il invente un langage. Ses photographies, dès lors, ne se lisent plus, elles se déchiffrent. Elles exigent, surtout dans les œuvres récentes, une participation active du regardeur. Mots, graffitis, « drippings » comme chez Pollock, couvrent et découvrent à l’envi une image toujours recommencée.

François-Marie Banier est un funambule élégant et lucide qui, sur le fil du regard, redessine les figures du hasard.

 

 

Where Chance Resides

 

Since the exhibition at the Centre Georges Pompidou in 1991, no public institution in France has shown François-Marie Banier’s photographs. Apart from a remarkable show of recent works at the Galerie Ghislaine Hussenot in 1999, Parisians have had little opportunity to discover Banier’s singular body of work. Though rooted in classic soil midway between Kertesz and Diane Arbus, Banier’s work blithely displays a form of insolent modernity, maintaining as it does an array of subtle interrelationships between light, writing and painting. Not only has François-Marie Banier invented a form of photo-calligraphy by combining the grain of his photographs with the upstrokes and downstrokes of his harmonious, swirling handwriting ; but by undermining genres and conventions he also introduces a highly convincing form of disorder into the representational arena. Photography alone, he contends, cannot record reality, and even less render the moment it  sets out to immobilize, if it  « gives us what we ask of literature »; conversely, only literature can give photography the means of going beyond itself, of being an « intelligence » that is « a conspiracy between reality and dreams, between the moment and the spirit of the moment ». But let there be no mistake: François-Marie Banier does not approach photography from a writer’s perspective but as an artist obsessed by form, frantically and jubilantly endeavouring to make sparks of life spring from the fossilized instant. This struggle with time has led him to invent an idiom ; henceforth his photographs are no longer merely to be looked at, they are to be deciphered. They demand the active participation of the viewer, especially his most recent works. Words, graffiti, « drippings » à la Pollock, cover and uncover these constantly recommenced images. François-Marie Banier is like an elegant, clear-sighted tightrope walker, tracing the figures of chance onto the thread of our vision.