François-Marie Banier

Silviano Mangano

parby François-Marie Banier

Exposition à la Maison Eupéenne de la Photographie
2003

Silvana Mangano

 

Silvana Mangano, ses yeux noirs, son nez infini, cette cruelle beauté, comment faire passer cet astre? Comment la montrer sans trahir sa profondeur et son élégance? Comme l’océan, comme les pyramides, comme le reflet de la lune sur l’eau d’un ruisseau de montagne, Silvana Mangano ne se raconte pas.

Elle rit quand un homme finalement ose l’approcher pour lui confier que, lorsqu’il rentre tard le soir chez lui et que sa femme l’attend, l’a même attendu toute une nuit, un mois quelquefois, pour qu’elle oublie sa rancune, un compliment suffit : Tu es plus belle que Silvana Mangano.

     Riz amer, Mambo, L’Or de Naples, Œdipe roi, Mort à Venise, Théorème, Violence et Passion, Les Sorcières, parfois je me répétais le nom de ses films, repassais dans mon souvenir une scène, pour me rappeler qu’elle était actrice.

L’intimité avec son modèle est un piège pour le portraitiste. Mais comment être distant d’un aimant? Comment reculer d’un pas pour la prendre en photographie. Elle vous berce comme un enfant. Elle joue à la liane. Tout près d’elle on sent son parfum de tubéreuse, sa peau toute blanche. Quel objectif choisir pour cette tout autre planète?

Elle m’avait choisi pour fils avant que Federico ne revienne jamais d’un voyage en avion en Alaska et me trouvait bien empoté avec mon appareil de photographie face à elle, si loin de toutes ces idées de reproduction de la beauté ineffable. Toujours dans la méditation, elle savait que toute image plate ne donne qu’une vague idée de la vie, mais échappent à la photo nos espérances, nos regrets, nos souffrances, et nos rires, sauf ce lien : toi et moi.

Pour me décider à la prendre en photo, je me suis fixé comme par jeu un seul objectif : son nez.

Aucun portrait ne m’aura moins satisfait. Elle me projetait ailleurs. Dans un au-delà que la photographie peut à peine suggérer.

Beckett, silhouette à la Giacometti, inscrivait des verticales dans la fenêtre. Fourmillement de lignes, le graphisme de ce sémaphore était simple comme l’éclair dans le ciel. Silvana, c’était le ciel tout entier qui dansait. J’ai hésité six ans avant de la photographier. Ma fascination était trop forte.