François-Marie Banier

Le déclic

parby François-Marie Banier

Private Heroes, exposition à Stuttgart
1998

Le déclic

 

C’est bien avant ma naissance que la gesticulation a commencé, il y avait obligation de vivre, et les rires et les larmes, et le manège autour de ce petit monde maladroit qui me prenait dans ces bras le trouvant, à voix haute, joli ce bambin, très ressemblant ce visage de plus, graine d’émotion, machine infernale qui allait grandir, monstrueusement se développer, rapport à la petite bête qui se débattait encore, et selon la logique des jours, ira les enterrer tous avant d’y passer « soi-même ».

Rien d’éternel, sauf parfois le nom gravé sur la pierre. Il évoquera peut-être notre honneur. Qui sait ? Mais que dira-t-il de la douceur du vent qui du soir de ce mois de septembre à Paris où je vous surprendrai peut-être tout à l’heure la main fébrile dans une des boîtes de bois, peintes en vert, d’un de ces bouquinistes qui montent la garde le long des quais de la Seine à la recherche de ce premier roman que j’ai écrit vers les vingt ans pour tenter déjà de corriger le temps qui a cette fâcheuse manie de nous glisser entre les mains.

J’avais dix-neuf ans. L’histoire est venue bien vite. Au fil de la plume. Deux adolescents en mal d’amour, ou en mal d’identité – est-ce la même chose ? – pris au piège des rites d’une société bourgeoise aux ridicules triomphants. En parlant de mes romans, je trouverai plus facilement la clef qui dirige le cadre, l’objectif de mes appareils photographiques. J’emploie volontairement le pluriel : le regard – ne parlons pas du regard intérieur – n’est pas un champ tiré au cordeau, un miroir sans glace que l’on tient devant soi. Le regard n’a pas de mesure. Il a mille inclinaisons, je parlerai plus tard de mes inclinations.

Mais pourquoi faire attendre ? Ils ne sont pas si coquets mes héros de toute ville que j’arpente comme des grands ateliers de peintres, comme ces plateaux de cinéma où chacun, costume, voilette, va jouer son rôle et le destin de quelqu’un d’autre. C’est la loi du genre. Sauf que la comparaison avec ces domaines où c’est le faux qui est vrai est mauvaise. Je vous fais perdre du temps, je vous prie de m’en excuser. Mes rues, mes personnages, mes jumelles au Jardin du Luxembourg, les jumeaux de la rue de Rivoli, la femme à la pipe, Caroline de Monaco chauve, Johnny Depp, Pascal Greggory et ses trois visages, l’Empereur et l’Impératrice du Japon sont réels. Même la reine d’Angleterre est vraie.

Photographier c’est écrire de façon définitive, pour l’éternité un visage, un corps. Photographier, c’est-à-dire transmettre ses joies, ses douleurs, ses interrogations, sa force, sa singularité. Pas la sienne, celle du modèle. Moins le photographe apparaît, moins il compte, mieux il transcrit. Horowitz disait : « Pourquoi ils m’applaudissent ? Ce n’est pas moi. Tout est écrit. Mozart ! Ce n’est pas moi. »

Je ne fais pas poser : je suis surpris, toujours surpris par l’autre. C’est bien de lui qu’il s’agit. J’accompagne. Je suis. Du verbe être, et du verbe suivre mais d’abord du verbe être. Je suis l’autre que j’aime pour sa démarche, sa pensée l’une et l’autre si singulières.

Ai-je dit que dans tous mes romans, du premier au prochain, c’est le faux qui me hante ? Fausse famille, fausse société, faux sentiments qui n’engendrent que vrais drames. Est-ce parce que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui sur le vide, à propos du vide, que pendant cette épreuve j’ai eu besoin de m’épauler au réel, à la vraie allure de mes solitaires le long des rues, à la vraie histoire de mes quelques amis modèles que j’étudie et suis comme de longs romans depuis tant d’années parmi les quartiers de leur vie qu’ils me jettent en pâture.

C’est l’admiration qui force mon appareil. Admiration pour la forme inédite de la silhouette qui tout à coup se dresse devant moi, montagne jamais vue, question sans fin. Solitude bravée, je prends l’empreinte de ta douleur, de ton humour, et même parfois, simplement de la soumission à la banalité de ton destin qui n’est jamais banal. Formes, je vous attends. Je ne vous guette pas : vous arrivez comme je suis venu au monde, comme les mots sur la plage, comme ces tâches de couleur qu’un jour je jette sur le papier pour faire naître un personnage debout sur un soleil ou sur la tête d’un autre. Je sais moins ce que je peins que ce que je photographie.

Ma peinture ce n’est que moi, alors toute liberté m’est permise. Toute excroissance. Toute économie. Dans n’importe quel sens. A n’importe quel moment. Rêve ou idée fixe. Une photographie, c’est un combat avec la vérité, avec une émotion, combat d’une fraction de seconde ? J’ai commencé cette phrase persuadé que je dirai qu’un tableau, un dessin, une photo peinte est une autre histoire mais je peins aussi vite que je vois. Dans vite en français, il y a vie. Vie que l’on révèle comme soudain apparaît une vérité longtemps cachée, comme naît un amour ou meurt un rêve.

Les clefs de ce que je suis tiennent sans doute à mon histoire, mes goûts, ma force, mes résolutions, mais avant tout il y a seul un déclic : le coup de foudre.

Comme je n’ai pas pu m’empêcher de naître, je ne peux m’empêcher d’écrire, de dessiner, de vouloir montrer, de partager la beauté, l’immense beauté des êtres que j’aime pour leur vérité, leur mystère, et peut-être pour cette complicité que je voudrais entretenir avec eux pour toujours.

 

 

The snapshot

 

 

The gesticulation started a long time before I was born. Living was an obligation. The laughter and the tears, and all the game around these awkward people; they would take me in their arms, saying loudly how cute this kid is, and look at his face, how resembling it is. It is like an emotion seed, a time bomb bound to grow and grow, monstrously develop from this tiny struggling creature. And according to the logic of life, he will outlive all of them before he eventually dies. Nothing lasts forever except maybe a name carved in the stone. It might stand for our honour. Who knows? And what will he think of the gentle evening September wind in Paris, where I may catch you in a while, plunging a feverish hand into one of those green wooden boxes watched over by the second-hand booksellers on the banks of the Seine. You will probably be looking for that first novel I wrote when I was about twenty. I was already trying to change Time which boringly keeps slipping through our fingers.

I was nineteen. The story came as I was writing: two teenagers yearning for love, for identity — does that mean the same thing? — trapped in the social rites of middle-class triumphant absurdities. Speaking of my novels, I will find it easier to get the key that leads the frame and my cameras. I made it plural on purpose: the look — I don’t mean the inner look — is not a straight-as-a-die field, a non-reflecting mirror that you are holding in front of you. The eye knows no measure. It has a thousand possible inclinations; I will deal with my own inclinations later.

Why should I make you wait? My heroes are not that smart. I meet them in any city I walk through, like in a painter’s large studio, a set where everyone, very neatly dressed is ready to play his part and someone else’s fate. This is the law of style. But it is not relevant to draw a comparison with these domains where falsehood is reality. I made you waste time, and I am sorry for that. My streets, my characters, my twin-sisters in the Jardin du Luxembourg, my twin-brothers in Rue de Rivoli, the woman with the pipe, Caroline de Monaco, bald, the Clintons, Johnny Depp, Pascal Greggory and his three faces, the Emperor and Empress of Japan are real. Even the Queen of England is real.

Taking a picture means writing a face, a body in a definitive eternal way. Taking a picture means communicating one’s joys, pains, questions, force, singularity. Not yours, but the model’s. The less present, important the photographer is, the better he communicates. Horowitz said: ‘Why are they applauding me? I have not done anything! Everything is written here, I am not Mozart’.

I don’t make people strike a pose: the model surprises me again and again. He is the important one. I follow, I identify with my model. I like the way he walks, the way he thinks, all so singular.

Did I tell you that throughout all my novels from my first to the forthcoming one, I have been haunted by falsehood? A false family, a false society, false feelings causing real tragedies. Maybe because I wrote over and about emptiness did I find it necessary, during this trial, to lean on reality, on my lonely characters’ true appearance along the streets, on the true stories of my few model friends. I have been studying and living with them, like long novels, for so many years now through the different areas of the lives they have served me up. Admiration commands my camera. I feel admiration for the news shape an unexpected silhouette takes, a never-seen-before mountain, an endless question. Defied solitude, I take the print of your pain, humour and sometimes simple submission to the banality of your never banal fate. I am waiting for you, shapes. I am not watching out for you to come: you come like I was born, like words on a beach, like those patches of colour I happen to lay on paper to give birth to a character standing on a sun or maybe it is someone else’s head. I know less what I am painting than what I am taking a picture of. My painting is reduced to myself, so I am given complete freedom. Any development is thus possible. Any economy. In any ways. At any moment. Dream or obsession. A photograph is a fight against truth, against an emotion, a fraction-of-a-second fight. When I started writing that sentence, I was convinced I would write that a painting, a drawing, a painted photo is something completely different, but I paint in a very lively way, I can paint as quick as I can see. Life is a fleeting moment. The life that we bring like a long-hidden truth, like the birth of a love or the death of a dream.

The keys to what I am stem from my story, my likes and dislikes, my strength, my resolutions, but most of all, the snapshot is one and only one: the lightning. Just like I could not help being born, I can’t help writing, drawing, trying to show and share the great beauty of the beings I like for their truth, their mystery, also maybe for that complicity I would like to keep alive for ever.

 

 

Lo scatto

 

 

È da molto tempo prima che io nascessi che è cominciata la gesticomazione. Era d’obligo vivere, e le risa e le lacrime, e il bailamme intorno a tutte quelle persone impacciate che mi prendevano in braccio trovandolo, a voce alta, bellino quel bimbetto, molto somigliante quel faccino in più, granello di emozione, macchina infernale che poi cresceva e cresceva, si sviluppava mostruosamente, tutto riferito all’esserino che si dibatteva ancora, e secondo la logica dei giorni, andrà a seppellirli tutti prima che si passi anche “lui”. Niente di eterno, tranne a volte il nome inciso sulla lapide. Evocherà forse il nostro onore. Chissa ? Ma che dirà lui della dolcezza del vento della sera di questo mese di sttembre in cui io vi sorprenderò, forse tra non molto, a cercare con mano febbrile in uno dei cassoni di legno, dipinti di verde, di uno di questi venditori di libri usati che montano di guardia sul lungosenna, quel moi primo romanzo scritto intorno ai vent’anni per tentare, già allora, di correggere il tempo che ha l’incresciosa mania di sfuggirci di mano.

Avevo diciannove anni. La storia è arrivata in fretta. Con lo scorrere della penna. Due adolescenti, affamati d’amore o in cerca di identità – è forse la stessa cosa ? – intrappolati dai riti di una società borghese dalle clamorose ridicolaggini. Parlando dei miei romanzi, troverò più facilmente la chiave che regola il quadro, l’obiettivo delle mie macchine fotografiche. Uso voluntamente il plurale : lo sguardo – non parliamo dello sguardo interiore – non è un campo visivo tutto diritto, una specchiera senza specchio che uno tiene davanti a sé. Ha mille inclinazioni ; parlerò più avanti delle mie inclinazioni.

Ma perché fare aspettare ? Non sono così tanto curati i miei personaggi di tutte le città che perlustro come fossero grandi atelier di pittori, come fossero teatri di posa in cui ognuno, costume, veletta, reciterà la sua parte e il destino di qualcun altro. È la legge di questo genere. Salvo che il confronto con questi settori, in cui il falso è il vero, non è giusto. Vi sto facendo perdere tempo, vi prego di scusarmi. Le mie strade, i miei personaggi, le mie gemelle al Jardin du Luxembourg, i gemelli della rue de Rivoli, la donna con la pipa, Carolina di Monaco calva, la coppia Clinton, Johnny Depp, Pascal Greggory e i suoi tre volti, l’imperatore e l’imperatrice del Giappone sono reali. Anche la regina d’Inghilterra è vera.

Fotografare è scrive in modo definitivo, per l’eternità, un volto, un corpo. Fotografare, ossia trasmettere le sue gioie, i suoi dolori, i suoi interrogativi, la sua forza, la sua singolarità. Non la propia, quella del modello. Meno compare il fotografo, meno egli conta, meglio egli trascrive. Horowitz diceva : “Perché applaudono me ? Non sono io. È tutto scritto. È Mozart ! Non sono io.”

Io non faccio posare: sono sorpreso, sono sempre sorpreso dall’altro. È di lui infatti che si tratta. Io accompagno. Je suis in tutti e due i significati: io sono dal verbo être e io seguo dal verbo suivre. Io sono/seguo l’altro che amo per il suo modo di muoversi, per il suo pensiero, l’uno e l’altro così particolari.

Ho già detto che in tutti i miei romanzi, dal primo al prossimo, è il falso che mi assilla ? famiglia falsa, società falsa, sentimenti falsi che generano solo drammi veri. È forse perché fino a oggi ho scritto sul vuoto, a proposito del vuoto, che durante questa prova ho avuto bisogno di appoggiarmi al reale, alla vera andatura dei miei solitari lungo le strade, alla storia vera dei miei pochi amici modelli che studio e seguo come lunghi romanzi da tanti anni tra i quarti della loro vit ache essi mi danno in pasto.

È l’ammirazione a forzare la mia macchina fotografica. Ammirazione per la forma inedita della figura che tutt’a un tratto mi si erge davanti, montagna mai veduta, domanda senza fine. Solitudine sfidata, prendo l’impronta del tuo dolore, del tuo umorismo e tavolta anche semplicemente della sottomissione alla banalità del tuo destino che non è mai banale. Forme, vi aspetto. Non vi faccio la posta : arrivate così come io sono venuto al mondo, come le parole sulla spiaggia, come quelle macchie di colore che un giorno butto giù sulla carta per far nascere un personaggio in piedi su un sole o sulla testa di un altro. So meno quello che dipingo di quello che fotografo.

La mia pittura non è che me stresso e allora qualsiasi libertà mi è lecita. Qualsiasi escrescenza. Qualsiasi economia. In qualsiasi senso. In qualsiasi momento. Sogno o idea fissa. Una fotografia è una lotta con la verità, con un’emozione, lotta di una frazione di secondo. Ho iniziato questa frase convinto che dirò che un quadro, un disegno, una foto dipinta è tutta un’altra storia, ma dipingo vite, cioè velocemente, così come vedo. Nella parola francese vite c’è vie, cioè vita. Vita che si rivela come all’improvviso appare una verità a lungo tenuta nascosta, come nacse un amore o muore un sogno.

La chiave di quello che sono dipende probabilmente dalla mia storia, dai miei gusti, dalla mia forza, dalle mie decisioni, ma innanzi tutto c’è un solo scatto : il colpo di fulmine. Come non ho potuto impedirmi di nascere, così non posso impedirmi di scrivere, di disegnare, di voler mostrare, di condividere la belleza, l’immensa bellezza degli esseri che amo per la loro verità, il loro mistero, e forse per questa complicità che vorrei mantanere per sempre con loro.