François-Marie Banier

Photos écrites et peintes

parby François-Marie Banier

Exposition à la Maison Eupéenne de la Photographie
2003

Photos écrites et peintes

 

 

J’ai d’abord écrit sur mes photographies. Entraîné par certaines masses de blanc ou de noir trouvées à l’intérieur d’autres formes qui soudain avaient quelque chose à dire. Je suis entré avec ma plume puis mon pinceau dans la photo qui a sa vie, et j’ai poursuivi. J’ai continué des formes, j’en ai inventé d’autres, je les ai reliées, fait converser, tout un jeu s’est animé. Le «je de la photographie. Quelle qu’elle soit.

Prenons la plus banale : Trois piquets dans la neige à Saint-Pétersbourg (1991). J’écris entre les piquets quelques lignes à propos de ma vie à l’époque. Alors que je croyais que c’était la confidence qui avait de l’intérêt, en fait ce sont ces alignements de mots découpant la neige qui vont me montrer comment l’intervention du trait peut faire basculer la photographie dans un autre monde de formes.

Encouragé par la vie que mon écriture donne soudain au tirage, un soir j’écris du haut en bas d’une photographie représentant Horowitz au piano l’histoire de notre rencontre, de notre amitié, de nos partages sans calculer les masses écrites en noir, le hasard décidant, mais derrière ces nouvelles lignes de portées, ce pianiste d’essence mystérieuse retrouve la distance qu’il mettait entre le monde et lui.

Chaque photo peinte est comme un recommencement. Lutte de formes qu’inspire le sujet, que m’inspire le moment où la photographie a été prise? Qu’est devenu le souvenir? Et surtout comment elle-même rêve-t-elle? Les photographies ont une vie, elles sont sous mon pinceau comme ces gens qui débarquent chez vous et vous disent leurs amours, leurs idées, leur non-sens et, grâce à Dieu, parfois, éclatent de rire. Ce n’est pas moi qui aurai le dernier mot sur ce sujet mais celui qui regarde mes photos peintes.