François-Marie Banier

François-Marie Banier, le primitif

par Dominique Stella

Catalogue d'exposition à la Triennale & Fondazione Mudima, Milan
2000

Tout commence dans l’atelier, lieu secret, caché, enfoui au fond d’une cour ; ce n’est d’ailleurs pas un atelier mais un lieu de vie, de travail, d’écriture, de peinture ; tout s’y mélange et s’entasse. Chaque porte s’ouvre sur des photos accumulées, des tableaux esquissés, des œuvres en cours ou achevées, innombrables ébauches à même le sol, en attente de la prochaine séance de travail. La première impression est l’étonnement, une sensation de prolifération, d’abondance, de submersion : c’est ainsi que m’est apparu cet univers lors de ma première visite.

 

Ceci pour esquisser le lieu de vie, et expliquer le grouillement, les odeurs d’huiles d’où naissent les œuvres. L’artiste s’empare de la toile ou de la photo, l’élabore, l’abandonne, y revient. Fabrication à la fois lente, mais aussi fulgurante dans le geste. C’est ainsi que naissent les œuvres peintes, toiles ou photos peintes. Les photographies, quant à elles s’inventent ailleurs, dans les rues, les squares, les paysages… au contact des sensations extérieures, des gens, de l’air. La peinture naît dans l’isolement, à la lumière d’un phare électrique qui illumine l’espace. L’artiste s’y confronte avec lui-même, il nous restitue, à travers ses tableaux les images de ce dialogue solitaire.

 

Le photographe, quant à lui, nous parle des autres, il se dérobe, comme s’il ne voulait rien révéler de lui, usant de l’image des autres, derrière lesquels il se cache, pour éviter de parler de lui-même ou pour révéler quelques bribes de lui-même par visages interposés. Les Autres constituent sa nourriture, son « festin ». il reconnaît sa culpabilité puisqu’il affirme : « Les gens sont des drogues pour moi… je dévore les gens ». Mais si la photographie est un art de cache-cache avec la vérité, et avec soi-même, la peinture est au contraire un jeu de révélation et de mise à nue. François-Marie Banier n’y échappe pas.

 

Du photographe, tous ont reconnu le talent, l’intuition et le remarquable sens de la capture qui prédomine chez lui. Hector Bianciotti, dans le texte qu’il écrivit pour « Private Heroes », exposition de François-Marie Banier à la Kunstverein de Stuttgart[1], reconnaît ce talent d’appropriation : « L’exposition du Centre Pompidou en 1991, fut pour moi la révélation d’un photographe qui depuis l’enfance cherchait à s’approprier tout ce qui était à la portée de son regard, tout ce qui le fascinait ». Cet instinct de « prédateur », qui cherche et reconnaît sa proie donne à ses photos une force de vie, unique, d’autant plus intense que les victimes sont souvent consentantes. C’est pourquoi les portraits de personnalités qu’il photographie ne sont jamais des images de stars stéréotypées et figées dans leur rôle, ce sont au contraire des images familières : il surprend Françoise Sagan, sur son lit dan sa chambre d’hôtel, Kate Moss et Johnny Depp prenant leur petit déjeuner, Samuel Beckett marchant sur la plage… Toutes ces photos ont le caractère de la simplicité, et de l’instant qui capte l’ami dans son intimité et dans son abandon. A ce propos François-Marie Banier souligne : « La plupart de mes modèles sont des artistes dont je partage la vie, amis dont j’aime et admire l’univers… J’ai conscience aussi que ma complicité avec eux m’oblige à révéler aux autres, un visage, que sans moi ils ne connaîtraient pas ».

 

Cette complicité et ce consentement sont à l’origine de photographies, d’instantanés pourrait-on dire, qui révèlent force et courage de la part du modèle et grand talent de la part de l’auteur. Je pense à la photo de Madeleine Castaing, à celle de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault ou bien encore au portrait de Nathalie Sarraute de 1998.

 

Au-delà de l’art, et de l’esthétique, ces photos sont un témoignage d’instants de vie, instants de personnes qui ont vieilli et offrent à voir, au regard à la fois avide et ému du photographe, les stigmates de l’âge et de la vieillesse. Grande preuve de confiance de leur part, mais ils connaissent bien l’émotion de François-Marie Banier devant leur abandon, ils connaissent la photo de cette femme qui marche péniblement, recourbée sur elle-même, rue du Bac à Paris, ou ce vieil homme qui traverse Bond Street à Londres. « Photographier c’est écrire de façon définitive, pour l’éternité un visage, un corps »[2] dit François-Marie Banier qui, depuis longtemps mène une véritable bagarre contre le Temps, comme s’il avait un compte à régler avec lui. Il écrit : « Etrangler le temps qui s’écoule. Saisir à la gorge le temps étranger à nos peines, à nos désirs, étranger à la fuite du temps. Prendre, pêcher dans la foule profils, ombres, cette résistance au temps entamé, ces arbres qui marchent avant de ne plus pouvoir se soutenir, se souvenir, arches qui pour l’instant tiennent, ne tiennent qu’à moi. Ces flammes âgées, encore fortes, touchantes, plus jamais seules maintenant, et pour toujours debout »[3].

 

D’abord il y a la joie, le bonheur, ensuite viennent le souvenir, la nostalgie, puis la cruauté du temps qui passe et l’interrogation sur la métamorphose des visages. François-Marie Banier capte les moments où le temps, arrêté, fige en un instant l’harmonie, la délicatesse des jeunes visages qui deviendront plus tard ces faces burinées, sillonnées par les traces que les heures, les jours et les années y ont laissé en s’écoulant. Cette observation attentive, mais nullement complaisante que François-Marie Banier mène depuis des années, ressemble à une tentative obstinée de mesure et de déchiffrage, comme s’il recherchait les règles secrètes qui régissent la loi du temps qui passe. Proust tentait de remonter le temps par le souvenir des sensations, François-Marie Banier essaye de le décoder par le processus de la photographie.

 

Yves Saint-Laurent, Nathalie Sarraute, Françoise Sagan, Silvana Mangano… ont prêté leurs visages à cette périodique analyse, laissant des séries d’images qui définissent des séquences de vie, dont la succession représente un laps de temps. La vie serait comme un enchaînement de déclics… ou bien encore ces déclics ne seraient-ils pas, plutôt, un moyen de comprendre la vie. François-Marie Banier photographe ou écrivain cherche à fixer les intuitions d’un moment où semble surgir quelque mystère de la vie : « Photographier », dit-il, « pour sauver de l’évanouissement le peu que l’on comprend du visible, même si on entend parfois : « Ce n’était pas comme ça » »[4]. C’est ainsi que l’on découvre la beauté et l’admirable force que certains personnages contiennent en eux-même. Nathalie Sarraute, par exemple, plusieurs fois s’est prêtée au jeu du photographe qui la cherche et la représente, souvent assise, dans son lit même. Mais quelle admirable femme, monolithe digne d’un portrait de Bacon ou Lucien Freud, dans cette photographie de 1988 ! Peut-être est-ce dans cette image qu’elle est le « plus formidablement » humaine selon l’expression de François-Marie Banier, qui précise : « Ce quelque chose d’indéfinissable et formidablement humain qui échappe à la plume, comme au pinceau le plus réaliste. Curieusement cet indescriptible le photographe le rattrape »[5]. Le talent de François-marie Banier est terriblement intuitif, la lumière, la composition, sont des éléments du décor, la capture du sujet en est toujours la véritable finalité, la capture de l’instant où « l’image commande l’appareil »[6]. Cette capture s’opère aussi bien sur des personnalités que sur des êtres anonymes, rencontrés au détour d’une rue, ou croisés dans un jardin. Un parc, une montagne, un groupe de maisons… Tout est prétexte et « tout dépend du moment où on appuie sur la gâchette »[7]. La rue est le terrain de chasse privilégié de François-Marie Banier, qui sillonne les avenues de Paris, comme celles de Londres ou de Sarajevo, armé de son appareil photo, prêt à une rencontre et à se laisser séduire par l’autre. La photographie, c’est d’abord l’autre, c’est aussi « le combat avec la vérité, une émotion », selon la formule de François-Marie Banier, mais ce n’est jamais la confrontation avec soi-même, ou si peu, ni avec la vraie liberté. Ce sont probablement cette dépendance du modèle, cette éventualité du possible liée à l’autre, cette frustration de liberté qui ont conduit François-Marie Banier à la peinture : « Ma peinture, ce n’est que moi, alors toute liberté m’est permise »[8]. La peinture est aussi un acte plus inconscient et plus attentif au hasard, dans lequel l’artiste s’abandonne et s’enfonce. Cet abandon qui n’est guère coutumier des photographes apparaît chez François-Marie Banier telle une vengeance qui s’accomplit dans la libération des formes et des couleurs. Il peint ses photographies comme il peint des toiles vierges, son mode d’expression est le même : il peint dans l’urgence : « Je peins au bord de la mort. Comme forcé par autre chose. Avec une pression. Une pulsion. Avec une urgence que je maîtrise, ni ne contrôle »[9]. Sa peinture n’intègre aucune donnée institutionnelle, elle est dégagée de toute contingence de représentation, et ressemble davantage à une écriture visuelle capable de transcrire ce que l’esprit construit face au spectacle de la vie, donné par la photographie. A tel point que l’écriture libre et proliférante envahit la composition des tableaux, racontant des histoires multiples, mille récits possibles s’ébauchant à l’intérieur de constructions colorées. C’est une peinture en irruption, faite de signes, de traces, d’élans gestuels, de pulsions vitales qui dessinent sur la toile des personnages enfantins, des déserts colorés, des histoires à rire ou à pleurer… Quelques-uns, dans notre siècle ont revendiqué cette liberté de créer une langue-image et je pense que François-Marie Banier appartient à ce groupe d’artistes qui tel Dubuffet faisaient naître de leur peinture un vocabulaire pictural porteur de sensations, d’émotions et de suggestions. Des œuvres comme C’est toujours le même problème, Partageai même ma femme ou Aime-moi se « nourrissent des inscriptions, des tracés instinctifs de la main humaine » comme disait Dubuffet afin de rendre « l’ouvrage plus émouvant ». Le rapport spontané, physique de l’artiste avec la matière et avec la toile prédomine sur la réflexion et la pensée. Les œuvres de François-marie Banier sont le fruit de l’imperfection de ce qui vit et agit, de la spontanéité, du mouvement, de la pulsion. Il invente tel l’enfant, le dessin comme s’il était le premier dessinateur, comme si l’art n’était pas une recherche de perfection, mais l’expression d’une volonté d’affirmation et de soi fondée sur la rébellion et le saccage.

 

Rébellion face aux images pré-fabriquées par la photographie. François-Marie Banier les envahit, les détruit, irrespectueux des modèles qu’elles reproduisent, il réinvente Isabelle ZAdjani, il retouche Mick Jagger ou Ray Charles… autant de photos, autant de sujets à peindre. Le résultat est unique et surprenant, de cette exubérance naissent des Tournesols d’une luminosité qu’aucune photographie ne peut rendre. A la fois plus vrai que le réel, mais aussi éloigné du réel que l’on puisse l’imaginer, tel est ce langage qui a pour but non pas de figurer l’objet (tel qu’il a été photographié ou imaginé) mais de donner à voir la sensation, le ressentir que peut transmettre le sujet.

 

Ce sont des paysages mentaux comme la Plage de Copacabana, où l’air et la nostalgie sont suggérés par quelques traces bleues, signes rudimentaires qui dessinent l’espace et le temps. Mais contrairement à ses prédécesseurs épris de liberté, qui transgressaient des interdits et mettaient en cause des systèmes (en référence à Dubuffet cité précédemment), François-Marie Banier ne se veut défenseur d’aucune doctrine. Il n’est pas peintre comme l’était Dubuffet, un peu théoricien et revendicateur d’une indépendance face à des dogmes et des théories, quelques fois académiques. Non, François-Marie Banier est peintre, simplement, en toute spontanéité, en toute émotion, en toute sensation.

 

Son langage est primitif, il relève du signe, sans symbolique précise, sinon celle de la transmission du ressenti et des impressions. Il s’adonne aux tracés les plus sommaires, barre, disloque, dissèque les corps et les formes rudimentaires qu’il invente, étire les lettres, les phrases qui envahissent la toile, comme si tous ces éléments n’étaient qu’un matériel de base pour une autre histoire, celle d’un cosmos plus grand et plus universel qui concernerait autre chose que l’histoire de l’homme… celle du magma d’où jaillit la vie. Parfois, quelque questionnement surgit aussi de ce chaos à travers les titres comme So you believe in human beings, comme des refus d’être ou de se reconnaître dans ces dessins griffonnés. Quelques histoires d’hommes, Les quatre agresseurs du Gendarme Mobel, Des yeux de braise, quelques histoires d’univers, Soleil rouge, quelques histoires de couleur, Bleu sans mots, Traces sur fond jaune et orange… Le tout : une envie de vie.

 

Enfin on ne peut pas voir ces photos peintes sans penser à l’art du recyclage, et du détournement dont certains affichistes, comme Raymond Hains ou Mimmo Rotella sont à l’origine. Les photos arrachées à leur fonction première sont récupérées comme objets, supports et prétextes à un autre langage. Il y a une filiation entre la Marilyn Monroe de Rotella et Naomi Campbell, de François-Marie Banier, elles symbolisent deux époques. Effigies lacérées, idoles détrônées, marquant l’une la contestation d’un moment, qui reniait en quelque sorte ses symboles en les sublimant et l’autre qui s’affirme davantage dans la reconnaissance de ses modèles en les banalisant.

 

L’univers de François-Marie Banier est multiple et contrasté. Du réalisme fictif que nous offrent à voir les photographies, à la représentation de l’immatérialité des émotions que François-Marie Banier jette sur la toile, il nous fait voyager, rencontrer des êtres anonymes ou monstres sacrés, parcourir des territoires inconnus. On le suit volontiers dans le labyrinthe de ces rêveries entre mythe et réalité, entre joie et douleur, jeunesse et vieillesse. On s’y promène dans les plus grands contrastes, abordant les absolus contraires, presqu’égarés entre « l’Apocalypse » et « l’Innocence »[10] selon les termes d’Hector Bianciotti.

 

[1] Article d’Hector Bianciotti paru dans Le monde le 2 janvier 1999, qu’il écrivit à l’occasion de l’exposition de François-Marie Banier « Private Heroes : photographies, photopeintures, peintures » à la Kunstverein de Stuttgart, 27 novembre 1998 – 17 janvier 1999.

[2] Citation extraite du texte Le Déclic, in cat. de l’exposition « François-Marie Banier », Pinacoteca Do Estado, São Paulo, juin-août 1999.

[3] Extrait du texte de François-Marie Banier, La vie de la photo, cat. de l’exposition « François-Marie Banier », Pinacoteca Do Estado, São Paulo, juin-août 1999.

[4] Ibidem.

[5] Ibidem.

[6] Ibidem.

[7] Ibidem.

[8] Citation extraite de Déclic, texte de François-Marie Banier, in cat. de l’exposition « François-Marie Banier », Pinacoteca Do Estado, São Paulo, juin-août 1999.

[9] Citation extraite de Peindre, texte de François-Marie Banier in ibidem.

[10] Article d’Hector Bianciotti paru dans Le Monde le 2 janvier 1999, qu’il écrivit à l’occasion de l’exposition de François-Marie Banier « Private Heroes : photographies, photopeintures, peintures » à la Kunstverein de Stuttgart, 27 novembre 1998 – 17 janvier 1999.

 

 

François-Marie Banier the primitive

 

 

It begins in the studio, that secret place, hidden, concealed in a yard. And it’s not just a studio: it is a place for life, work, writing, painting a place where everything mixes up, piles up. Each door opens on piles of photo, painting sketches, works in progress or completed, innumerable drafts, lying on the floor, waiting for the next working session. The first impression is astonishment, a feeling of proliferation, abundance, submersion: this is how I felt when I entered this universe for the first time.

Just to outline the environment, and expose the swarming, the oil smells that create the works. The artist seizes the canvas or the photo, elaborates it, leaves it, comes back to it. The construction is slow, but the gesture is lightning. This is how the painting, canvases or painted photos are born. As for the photographs, they are taken elsewhere, in the streets, squares, landscapes… with outdoor sensations, people, air. The painting is born from isolation, in the light of a headlamp. In this space, the artist is confronted with himself and through his paintings, he restores the images of this soliloquy.

Whereas the photographer tells us about the others, the steps aside, as if he doesn’t want to reveal anything about himself, he hides behind the others’ images to avoid speaking of himself or to only show snatches of himself through the others’ faces. The others are his meal, his ‘feast’. He confesses his culpability when he says ‘I am addicted to people. I devour people’. If photography is an art of playing hide and seek with truth and one’s self, on the contrary, painting is a revealing and stripping game. François-Marie Banier is not an exception to this rule.

He has been recognised as a talented, intuitive photographer with this remarkable sense of catching the instant that is so characteristic of his photography. In this text written for François-Marie Banier’s exhibition at the Kunstverein of Stuttgart ‘Private heroes’, Hector Bianciotti acknowledges this talent for appropriation: ‘The 1991 exhibition at the Centre Pompidou was the revelation of a photographer who, since his childhood, had been trying to appropriate everything within his look, all that fascinated him’[1]. This is why the pictures he takes of personalities are never stereotypes imprisoned in their role, but familiar pictures. He catches Françoise Sagan, lying on her hotel bed, Kate Moss and Johnny Depp sitting at their breakfast table, Samuel Beckett walking on the beach. All these photos bear the nature of simplicity, and of when you catch a friend in a moment of intimity and abandon. Regarding this, François-Marie Banier underlines: ‘Most of my models are artists and I share their lives, they are friends whose world I like and admire… I am aware that our complicity forces me to reveal a face, words they would not know without me’.

This complicity and consent have given birth to photographs, snapshots revealing on the one hand, the model’s strength and courage, and on the other hand, the artist’s talent. The photo of madeleine Castaing, those of Madeleine Renaud and Jean-Louis Barrault or the 1998 portrait of Nathalie Sarraute come to my mind. Beyond Art and aesthetics, these photos express life instants, instants of persons who have grown old and show the marks of old age to the photographer’s eyes filled with avid emotion. They trust him a lot, but they know François-Marie Banier’s emotion so well, when they open up to him, they know this bent woman trudging along rue du Bac in Paris, or this old man crossing Bond Street in London. ‘Taking pictures means writing a face, a body in a definitive eternal way’[2], says François-Marie Banier who has been at war with Time for so many years, as if he had a score to settle with it. He writes: ‘Strangling the passing time. Grabbing time by the throat for ignoring our pains, our desires, for ignoring the passing of time. In the crowd, taking, catching profiles, shadows, this started resistance, the trees walking as long as they can stand, remember, standing arches, attached to me for the moment. These old flames are still strong, moving, never alone any more, and standing for ever’[3].

First come joy, happiness, then come souvenirs, nostalgia, and then the cruelty of the passing time and the questioning about the changing faces. François-Marie Banier catches the instants when time, stopped, strikes in an instant the harmonious delicate young faces bound to become those craggy faces furrowed by the passing or hours, day and years. He seems to be obstinate in an attempt to measure and decode the passing time, in search of its secret rules. Proust was trying to go back in time through the sensation memories, François-Marie Banier tries to decode it through the process of photography. Yves Saint-Laurent, Nathalie Sarraute, Françoise Sagan, Silvana Mangano… lent their faces to this periodic analysis leaving behind lots of pictures that characterise life sequences, becoming a period of time in their succession. Life would be shot put together… or aren’t these shots a means to understand life. François-Marie Banier, as a photographer as well as when he writes is trying to set down the intuitions of a moment when some mystery of life seems to be popping up. ‘Taking pictures, he says, to save the few things we understand in what we see from vanishing, even if some may say: that’s not the way it was’[4]. Thus, the inner beauty and remarkable force of some characters is revealed. For instance, Nathalie Sarraute fell in more than once with the artist’s game. He tries to find her and often represents her sitting, in her bed. But what a wonderful woman she is in this 1998 photo, monolith worthy of a portrait by Bacon or Lucian Freud. This may be the picture in which she is the most ‘wonderfully human’, as François-Marie Banier puts it: ‘This indefinable and wonderfully human something defying the pen as well as the most realistic brush. Curiously, the photographer is able to catch up with this indescribable aspect’[5].

François-Marie Banier as a talented photographer is incredibly intuitive, the light, the composition build up the setting; catching the subject is always the true finality, catching the moment ‘when the image leads the camera’[6]. He tries to catch personalities as well as anonymous people he meets on a street corner, or in a garden. A park, a mountain, a block o houses… Everything becomes a pretext and ‘everything depends on the moment when you take the shot’[7]. The street is François-Marie Banier’s favourite hunting-ground, and he travels across the avenues of Paris or London or Sarajevo with his camera, always ready for an encounter and to get taken away by the other.

Photography is first and foremost the other, it is also ‘the fight with truth, with emotion’, as François-Marie Banier says, but it never means being confronted with one’s self – or so little, nor with true freedom. The model dependence, the possible eventuality related to the other, the liberty frustration probably led François-Marie Banier to painting: ‘My painting is just me, so I can do everything’.[8] Painting is also a more unconscious act, more attentive to chance, to which the artist gives himself up deeper and deeper. This rather unusual expansion for a photograph appears in François-Marie Banier’s work, like the accomplishment of a revenge through releasing shapes and colours. He paints his photographs like he paints blank canvases; he expresses himself the same way: urgently. ‘I paint on the brink of death. As if I were forced by something else. Under pressure. Urge. An urge I can’t restrain nor control ’[9]. His painting has no room for any institutional particulars, it is free of any representative contingency, and looks more like a visual writing that can translate what the mind builds up out of what photography shows in every day life. To such an extent that the free proliferating writing swarms into the paintings’ composition, telling many stories, a thousand possible stories taking shape within colourful constructions. His painting burst out, in signs, strokes, rushing gestures, vital urge that form childlike characters, coloured deserts, stories to laugh or cry upon…

Since the beginning of our century, some have claimed for this freedom to create a picture language and I think François-Marie Banier is one of these artists who like Dubuffet created a pictorial language out of their works, conveying sensations, emotions and suggestions. To be more touching, works such as C’est toujours le même problème, Partageai même ma femme or Aime-moi need ‘inscriptions, instinctive lines by the human hand’, as Dubuffet said. Reflection and thought are predominated by the spontaneous and physical relationship between the material and the canvas. François-Marie Banier’s works are the result of the imperfection of the living and acting, of spontaneity, movement, urge. Like a child, he invents the drawing as if he were the first drawer, as if art were not a search for perfection but the expression of a will to assert oneself based on rebellion and destruction. Rebellion against the pre-built pictures of photography. François-Marie Banier invades them, destroys them, unrespectful of the models they reproduce, he reinvents Isabelle Adjani, he touches up Mick Jagger or Ray Charles… many photos, many subjects to be painted. The result is unique and surprising: out of this exuberance come Sunflowers, whose luminosity no photo can render. At the same time more real than reality, but as far from reality as we can imagine, this is the language born not to represent the object (as it was pictured or imagined) but to show the sensation, the feeling the subject can communicate. Mental landscapes like La Plage de Copacabana, where air and nostalgy are suggested through a few blue strokes, basic signs representing space and time.

But unlike his freedom enamoured predecessors, who broke taboos and challenged systems (see Dubuffet’s quotation), François-Marie Banier doesn’t pretend to defend any doctrine. Unlike Dubuffet, he is not a painter who means to theorise and claim for a certain independence facing dogmas and theories that may sometimes be too academic. No, François-Marie Banier is simply a painter, with all his spontaneity, emotion, sensation. The language he speaks is a primitive kind, with signs without a precise symbolic but that of communicating feelings and impressions.

His stroke is very simple. He crosses, breaks up, dissects the bodies and rudimentary shapes he invents, he stretches the letters, the sentences that swarm over the painting, as if all these elements were nothing but some basic material designed for another story, the story of a larger, more universal cosmos that would concern something else than Man’s story… the story of the life generating magma. Titles such as So you believe in human beings, sometimes raise questions out of this chaos, like refusals to be or to recognise oneself in these hastily sketched drawings. Stories about men, Les quatre agresseurs du Gendarme Mobel, Des yeux de braise, stories about the universe, Soleil rouge, stories about colours, Bleu sans mots, Traces sur fond jaune et orange… The whole work expresses an appetite for life. Looking at these photos, we can’t help thinking of trash art, and the misappropriation some affichistes, like Raymond Hains or Mimmo Rotella, initiated. These photos, torn from their initial function become subjects, supports and pretexts for another language. The link between Rotella’s Marilyn Monroe and François-Marie Banier’s Naomi Campbell is that they symbolise two different periods. Torn effigies, ousted idols, one being the contesting of a period, which symbols she rejected, in a way, by magnifying them. The other asserts herself in the recognition of those models, by making them common-place.

François-Marie Banier’s world is multiple and contrasted. From realistic fiction that his photos show to the representation of immaterial emotions he throws over the painting, he makes us travel, meet anonymous beings or giants, cross unknown lands. We’re willing to follow him through this dream labyrinth, in between myth and reality, joy and pain, youth and old age. We wander, among the biggest contrasts ever, dealing with absolute opposite, almost lost between ‘Apocalypse’ and ‘Innocence’,[10] as Hector Bianciotti says.

 

[1] Hector Bianciotti, about the exhibition ‘Private Heroes, photographies, photopeintures, peintures’, Kunstverein, Stuttgart, 27 November 1998 – 17 January 1999, in Le Monde, 2 January 1999.

[2] From ‘Le Déclic’, in François-Marie Banier, exhibition catalogue, Pinacoteca Do Estado, São Paulo, June-August 1999.

 

[3] From ‘La vie de la photo’, in François-Marie Banier, exhibition catalogue, Pinacoteca Do Estado, São Paulo, June-August 1999.

 

[4] Ibidem.

 

[5] Ibidem.

 

[6] Ibidem.

 

[7]  Ibidem.

[8] From ‘Le Déclic’, in François-Marie Banier, exhibition catalogue, Pinacoteca Do Estado, São Paulo, June-August 1999.

 

[9] From ‘Peindre’ by François-Marie Banier, in ibidem.

[10] Hector Bianciotti, about the exhibition ‘Private Heroes, photographies, photopeintures, peintures’, Kunstverein, Stuttgart, 27 November 1998 – 17 January 1999, in Le Monde, 2 January 1999.

 

 

François-Marie Banier il primitivo

 

 

Tutto ha inizio nell’atelier, luogo segreto, nascosto, celato in fondo a un cortile ; del resto non è atelier, ma un luogo di vita, di lavoro, di scrittura, di pittura ; tutto vi si mescola e vi si accatasta. Ogni porta si pare su fotografie accumulate, quadri schizzati, lavori in corso o terminati, innumerevoli abbozzi appoggiati a terra, in attesa di essere ripresi successivamente. La prima impressione è lo stupore, una sensazione di proliferazione, di abbondanza, di sommersione: così mi è apparso questo universo in occasione della mia prima visita.

Questo per dare un’idea dell’ambiente di vita e spiegare tutto il fermento, gli odori di oli da cui nascono le opere. L’artista si impadronisce della tela o della fotografia, la elabora, l’abbandona, vi ritorna.fabbricazione al tempo stesso lenta, ma anche folgorante nel gesto. È così che nascono le opere dipinte, tele o foto dipinte. Quanto alle fotografie, esse si inventano altrove, nelle strade, nelle piazze, nei paesaggi… a contatto con sensazioni esterne, con persone, con l’aria. La pittura nasce nell’isolamento, alla luce di una lampada elettrica che illumina lo spazio. L’artista si confronta con se stesso, ci restituisce, attraverso i suoi quadri, le immagini di questo dialogo solitario.

Quanto al fotografo, lui ci parla degli altri, si fa da parte, come se non volesse rivelare nulla di sé, usando l’immagine degli altri, dietro i quali si nasconde, per evitare di parlare di sé oppure per rivelare alcuni frammenti di se stesso per volti interposti. Gli Altri costituiscono il suo nutrimento, il suo “banchetto”. Riconosce la sua colpevolezza, giacché asserisce:“Le persone sono per me delle droghe… io divoro le persone.” Ma se la fotografia è un’arte di giocare a nascondino con la verità, e con se stesso, la pittura al contrario è un gioco di rivelazione e di messa a nudo.

François-Marie Banier non vi sfugge.

Del fotografo, tutti banno riconosciuto il talento, l’intuizione e la notevole sensibilità nel catturare le immagini che in lui è predominante. Hector Bianciotti, nel testo, scritto in occasione dell’espozicione “Private Heroes”, mostra di “François-Marie Banier” alla Kunstverein di Stoccarda[1], riconosce questo talento di appropriazione:“L’esposizione del Centre Pompidou nel 1991 segnò per me la scopertadi un fotografo che fin dall’infanzia cercava di appropriarsi di tutto ciò che gli capitava sotto gli occhi, di tutto ciò che lo affascinava”. Questo istinto di “predatore”, che cerca e riconosce la preda, dà alle sue foto una forza vitale unica, tanto più intensa in quanto le vittime sono consenzienti. Ecco perché i ritratti delle personalità che egli fotografa non sono mai immagini di star stereotipate e congelate nel loro ruolo, ma sono al contrario immagini familiari: egli sorprende Françoise Sagan sul letto in una camera d’albergo, Kate Moss et Johnny Depp al tavolo della prima colazione, Samuel Beckett che cammina su una spiaggia… Tutte queste foto hanno il carattere della simplicità, dell’istantanea che coglie l’amico nella sua intimità e nel suo abbandono. A questo proposito, François-Marie Banier fa notare:“La maggior parte dei miei modelli sono artisti di cui condivido la vita, amici il cui universo io amo e ammiro… Mi rendo anche conto che la mia complicità con loro mi costringe a rivelare agli altri un volto, parole che, senza di me, non conoscerebbero.”

Questa complicità e questo consenso sono all’origine delle fotografie, delle istantanee si potrebbe dire, che rivelano forza e coraggio da parte del modello e grande talento da parte dell’autore. Penso alla fotografia di Madeleine Castaing, a quelle di Madeleine Renault e Jean-LouisBarrault, o anche al ritratto di Nathalie Sarraute del 1998. al di là dell’arte, dell’estetica, queste fotografie sono una testimonianza di istanti di vita, istanti di persone che sono invecchiate e che offrono alla vista, allo sguardo a volte avido e commosso del fotografo, le stigmate dell’età e della vecchiaia. Grande prova di fiducia da parte loro, ma essi conoscono bene l’emozione di François-Marie Banier davanti al loro abbandono, conoscono la fotografia di quella donna che cammina faticosamente, ripiegata su se stessa, in rue du Bac a Parigi, o di quel vecchio che attraversa Bond Street a Londra. “Fotografare è scrivere in modo definitivo, per l’eternità, un volto, un corpo”[2] dice François-Marie Banier, che da tempo conduce una vera e propria lotta contro il Tempo, come se con il Tempo avesse un conto in sospeso. Egli scrive:“Strangolare il tempo che passa. Afferrare alla gola il tempo indifferente alle nostre pene, ai nostri desideri, indifferente alla fuga del tempo. Prendere, pescare nella folla profili, ombre, questa resistenza al tempo già intaccato, quegli alberi che camminano prima di non riuscire più a reggersi, a ricodarsi, arcate che per il momento stanno in piedi, tutto ciò sta a me. Quelle fiamme invecchiate, ancora forti, commoventi, ora mai più sole e per sempre in piedi”.[3].

Prima di tutto c’èla gioia, la felicità, poi vengono il ricordo, la nostalgia, poi la crudeltà del tempo che passa e l’interrogativo sulla metamorfosi dei volti.

François-Marie Banier capta i momenti in cui il tempo, fermato, fissa in un instante l’armonia, la delicatezza dei giovani visi che diventeranno più tardi quelle facce marcate, solcate dalle tracce che le ore, i giorni e gli anni, scorrendo, vi hanno lasciato. Questa osservazione attenta, ma nient’affatto compaciente, che François-marie Banier conduce da anni assomiglia a un tentativo ostinato di misura e decifrazione, come se egli ricercasse le regole segrete che reggono la legge del tempo che passa. Proust tentava di risalire nel tempo attraverso il ricordo delle sensazioni, François-marie Banier tenta di decodificarlo attraverso il processo della fotografia, Yves Saint-Laurent, Nathalie Sarraute, Françoise Sagan, Silvana Mangano… hanno prestato i loro volti a questa periodica analisi, lasciando serie di immaginiche descrivono sequenze di vita, il cui susseguirsi rappresenta un lasso di tempo. La vita sarebbe come una successione di scatti… o piuttosto quegli scatti non sarebbero forse un mezzo di capire la vita? François-Marie Banier fotografo o scrittore cerca di fissare le intuizioni di un momento in cui sembra emergere un qualche mistero della vita: “Fotografare” dice, “per salvare, prima che svanisca, quel poco che si capisce di visibile, anche se a volte si sente dire: ‘Non era così.’”[4]

È così che si scopre la bellezza e l’ammirevole forza che alcuni personaggi hanno dentro di loro, Nathalie Sarraute, per esempio, si è prestata più volte a gioco del fotografo che la cerca e la rappresenta, spesso seduta, persino nel suo letto. Ma che donna ammirevolte, monolito degno di un ritratto di Bacon o di Lucian Freud, in quella fotografia del 1998! Forse è in quella fotografia che ella è più “formidabilmente umana”, secondo l’espressione di François-Marie Banier, che precisa: “Que qualcosa di indefinibile e formidabilmente umano che sfugge alla penna, come al pennello più realista. Curiosamente, questo indescrivibile, il fotografo lo riprende.”[5] Il talento di François-Marie Banier fotografo è eccezionalmente intuitivo, la luce, la composizione, sono elementi dello scenario, catturare il soggetto ne è sempre il vero fine, catturare l’istante in cui “l’immagine aziona la macchina fotografica”[6]. Questa cattura si verifica nel caso” di personalità o di esseri anonimi, incontrati all’angolo di una strada, oppure incrociati in un giardino: Un parco, una montagna, un gruppo di case… Tutto è pretesto e “tutto dipende dal momento in cui si preme lo scatto”[7]. La strada è il terreno di caccia preferito da François-Marie Banier, che setaccia i viali di Parigi, come quelli di Londra o di Sarajevo, armato di macchina fotografica, sempre pronto a un incontro e a lasciarsi sedurre dall’altro.

La fotografia è innanzi tutto l’altro, è anche “la lotta con la verità, con un’emozione”, secondo la formula di François-Marie Banier, ma non è mai, o quasi mai, il confronto con se stesso, né con la vera libertà. È probabilmente questa dipendenza dal modello, questa eventualità del possibile legata all’altro, questa frustazione di libertà che hanno portato François-Marie Banier alla pittura: “La mia pittura non è che me stesso e allora qualsiasi libertà mi è lecita”[8]. La pittura è anche un atto più inconscio e più attento al caso, nel quale l’artista si abbandona e si immerge. Questo abbandono, che non è affatto abituale nei fotografi, appare in François-Marie Banier, come una vendetta che si compie nella liberazione delle forme e dei colori. Egli dipinge le sue fotografie come dipinge tele vergini; il suo modo di esprimersi è lo stesso : dipinge spinto da una necessità impellente. “Dipingo sull’orlo della morte. Come forzato da qualcos’altro. Con una pressione. Una pulsione. Con un’urgenza che non padroneggio e non controllo.”[9] La sua pittura non incorpora alcun dato istituzionale, è libera da qualsiasi contingenza di rappresentazione e assomiglia più a una scrittura visiva capace di trascrivere quello che la mente costruisce davanti allo spettacolo della vita, offerto dalla fotografia. A tal punto che la scrittura libera e proliferante invade la composizione dei quadri, raccontando molteplici storie, mille racconti possibili che prendono forma all’interno di costruzioni colorate. È una pittura che irrompe, fatta di segni, di tracce, di slanci gestuali, di pulsioni vitali che disegnano sulla tela personaggi infantili, deserti colorati, storie che fanno ridere o piangere…

Alcuni, nel nostro secolo, hanno rivendicato questa libertà di creare un linguaggio-immagine e penso che François-Marie Banier appartenga a quel gruppo di artisti che, come Dubuffet, facevano nascere dalla loro pittura un vocabolario pittorico portatore di sensazioni, di emozioni, di suggestioni. Opere come C’est toujours le même problème, Partageai même ma femme o Aime-moi si “nutrono delle iscrizioni, dei tracciati istintivi della mano umana”, come diceva Dubuffet, per rendere “l’opera più commovente”. Il rapporto spontaneo, fisico dell’artista con la materia e con la tela predomina sulla riflessione e sul pensiero. Le opere di François-Marie Banier sono il frutto dell’imperfezione di ciò che vive agisce, della spontaneità, del movimento, della pulsione. Egli inventa, come il fanciullo, il disegno come se fosse il primo disegnatore, come se l’arte non fosse una ricerca di perfezione, ma l’espressione di una volontà di affermazione di sé fondata sulla ribellione e il saccheggio. Ribellione di fronte alle immagini prefabbricate dalla fotografia. François-Marie Banier le invade, le distrugge, irrispettoso dei modelli che esse riproducono ; reinventa Isabelle Adjani, ritocca Mick Jagger, o Ray Charles… tante foto, altrettanti soggetti da dipingere. Il risultato è unico e sorprendente; da questa esuberanza nascono dei Tournesols, girasoli di una luminosità che nessuna fotografia può rendere. Al tempo stesso più vero del reale, ma anche lontano dal reale immaginabile, tale è questo linguaggio, che ha lo scopo non di rappresentare l’oggetto (così come è stato fotografato o immaginato), ma di far vedere la sensazione, il sentire che il soggetto può trasmettere. Sono paesaggi mentali come la Plage de Copacabana, in cui l’aria e la nostalgia sono suggeriti da alcune tracce blu, segni rudimentali che disegnano lo spazio e il tempo.

François-Marie Banier, tuttavia, contrariamente ai suoi predecessori invaghiti di libertà, che trasgredivano divieti e chiamavano in causa sistemi (con riferimento al dubuffet precedentemente citato), non si attegia a difensore di nessuna dottrina. Non è pittore come lo era Dubuffet, un po’ teorico e rivendicatore di un’indipendenza davanti a dogmi e teorie, a volte accademici. No, François-marie Banier è pittore, semplicemente, in tutta spontaneità, emozione, sensazione. Il suo linguaggio è primitivo, dipende dal segno, senza una precisa simbologia, se non quella della trasmissione del sentito e delle impressioni. Si dedica al tracciato più sommario, cancella, smembra, analizza i corpi e le forme rudimentali che inventa, stiracchia le lettere, le frasi che invadono la tela, come se tutti questi elementi non fossero che materiale di base per un’altra storia, quella di un cosmo più grande e più universale che riguarderebbe qualcos’altro e non la storia dell’uomo… quella del magma da cui scaturisce la vita. Tavolta qualche interrogativo nasce anche da questo caos attraverso i titoli come So you believe in human beings, come dal rifiuto di essere o di riconoscersi in questi disegni scarabocchiati. Alcune storie di uomini, Les quatre agresseurs du Gendarme Mobel, Des yeux de braise, alcune storie di universo, Soleil rouge, alcune storie di colore, Bleu sans mots, Traces sur fond jaune et orange… Il tutto : una voglia di vita.

Infine, non si possono vedere queste fotografie dipinte senza pensare all’arte del riciclaggio e dello sviamento di cui certi cartellonisti come Raymond Hains o Mimmo Rotella sono all’origine. Le fotografie strappate alla loro funzione primaria sono recuperate come oggetti, supporti e tretesti per un altro linguaggio. C’è una filiazione tra la Marilyn Monroe di Rotella e Naomi Campbell di François-Marie Banier: esse simboleggiano due epoche. Effigi lacerate, idoli detronizzati, che segnano l’una la contestazione di un momento che rinnegava in un certo senso i suoi simboli sublimandoli, e l’altra che si afferma di più nel riconoscimento di questi modelli banalizzandoli.

L’universo di françois-marie Banier è molteplice e contrastato. Dal realismo fittizio che offrono al nostro sguardo le fotografie, alla rappresentazione dell’immaterialità delle emozioni che egli getta sulla tela, François-Marie Banier ci fa viaggiare, incontrare essere anonimi o mostri sacri, percorrere territori sconosciuti. Lo si segue volentieri nel labirinto di queste fantasticherie tra mito e realtà, tra gioia e dolore, gioventù e vecchiaia. Vi si passeggia nei più grandi contrasti, abbordando assoluti contrari, quasi smarriti tra “l’Apocalisse” e “l’innocenza”, per citare le parole di Hector Bianciotti[10].

 

 

[1] Articolo di Hector Bianciotti pubblicato in “Le Monde” il 2 gennaio 1999, scritto in occasione dell’esposizione di François-Marie Banier : “Private Heroes, photographies, photopeintures, peintures” alla Kunstverein di Stoccarda, 27 novembre 1998 – 17 gennaio 1999.

[2] Citazione tratta del testo Déclic nel catalogo dell’esposizione “François-Marie Banier”, Pinacoteca Do Estado, Sao Paulo, giugno-agosto 1999.

[3] Stralcio dal testo di François-Marie Banier La vie de la photo, catalogo dell’esposizione “François-Marie Banier” alla Pinacoteca Do Estado, Sao Paulo, giugno-agosto 1999.

[4] Ibidem.

[5] Ibidem.

[6] Ibidem.

[7] Ibidem.

[8] Citazione tratta da Déclic, nel catalogo dell’esposizione “François-Marie Banier”, Pinacoteca Do Estado, Sao Paulo, giugno-agosto 1999.

[9] Citazione tratta da Peindre, testo di “François-Marie Banier” in ibidem.

[10] Citazione tratta dal resto Des Nouvelles de l’Apocalypse di Hector Bianciotti, in “Le Monde”, 2 gennaio 1999.