François-Marie Banier

François-Marie Banier

parby François-Marie Banier

Brésil
2001

Je ne venais pas au Brésil pour prendre des photographies mais pour en montrer : Silvana Mangano dans sa fourrure, Beckett sur la plage, Marcello Mastroianni dansant, ma collection de passants au regard bien de chez nous, jumelles, jumeaux à la démarche quelquefois aveugle, et ces grandes photographies où à deux mains je peins les émotions du jour.

 

Or – comme la conjonction va à ce pays d’un soleil si proche qu’on le touche du doigt comme on chatouillerait le menton d’un dieu bronzé – j’y ai rencontré la beauté à l’état pur.

 

Comme on découpe du carton avec des ciseaux qui ne sauraient pas très bien où ils vont, guidés seulement par les caprices et les ondulations de la matière, l’objectif s’est laissé emporter par la transe.

 

Bombes de tendresses ces enfants assis au seuil de maisons interdites.

Diamants les regards de ces femmes et de ces hommes qui vont et viennent sur leurs braises. Chants infinis ces corps qui dessinent en dansant leurs théâtres profonds.

 

Brésil, pays aux horizons en cascades, la terre surgit tout à coup au milieu de l’océan pour rappeler que la mort dirige aussi nos pas, seul fil visible qui guide nos existences.

 

Noirs, blancs, masques, qui est ombre ? Qui est lumière ? Au règne de la musique et de la danse, même les formes au Brésil ont la force d’aimer et de se faire aimer.

I hadn’t come to Brazil to take photographs, but to exhibit them: Silvana Mangano in a fur coat, Beckett on the beach, Marcello Mastroianni dancing, my collection of passers-by with typically French expressions, twin sisters, twin brothers sometimes staggering blindly, and the big photos on which I paint the day’s feelings with both hands.    And then – in this country where the sun seems so close you could touch it with your fingers like tickling a bronzed god under the chin – I met beauty in its purest state.    Like cutting up cardboard with scissors that don’t really know where they’re going, guided only by the whims and undulations of the material, the trance swept my lens along.    Children like love-bombs sitting on the doorsteps of forbidden houses.

Eyes like diamonds of men and women walking back and forth on glowing coals. Bodies like never-ending songs, painting their innermost dramas through dance. Brazil, land of cascading horizons, where the earth suddenly springs up in the middle of the ocean to remind us that death too directs our steps, the only visible thread that guides our existence.    Blacks, Whites, masks, who is shadow? Who light? In the kingdom of music and dance, even shapes in Brazil have the power to love, and be loved.