François-Marie Banier

Beckett

parby François-Marie Banier

Steidl
2009

C’est il y a déjà trente ans. Plages et rues de Tanger étaient hantées par un automate plus d’os que de chair que je perdais, hélas, souvent entre les rais du soleil. Sa silhouette d’échassier s’évanouissait parmi la foule des marocains en djellabah et de touristes nonchalants. Comme moi, ils ignoraient que cet homme fin était le grand écrivain Samuel Beckett. Sa démarche semblait obéir à un mouvement de pendule réglé seulement pour lui, le talon frappant le sol bien avant que la jambe s’engage, corps raide, jeté en arrière. Le regard bleu océan caché par des lunettes aux larges verres se portait trop au-dessus de la ligne d’horizon pour le guider.

 

J’étais si ému de ne pas savoir capter la dimension de cette silhouette étrange que souvent j’oubliais de placer un film dans mon appareil.

 

A force de se croiser, nous nous sommes rencontrés. Je laissais alors de côté la photographie. De sa voix grave, il me parlait de ses livres refusés par 27 éditeurs à sa femme Suzanne, de son amitié avec Joyce, de sa vie de famille en Irlande. Il imaginait l’étonnement de sa mère si elle avait appris qu’il avait reçu le Prix Nobel. Il me conseillait de lire, « pour voir comment les autres font ».

 

Il me fallait fixer cette allure et ce visage rares, prendre de la distance, abandonner ces trésors qu’étaient ses mots, ses points de vue, et rejoindre la place du photographe, derrière l’objectif.

 

 

 

Es ist schon dreißig Jahre her. An den Stränden und durch die  Straßen von Tanger wandelte mechanisch ein Mann, nur Haut und Knochen, den ich leider öfter zwischen den Sonnenstrahlen aus den Augen verlor. Seine stelzbeinige Silhouette verschwand in der Menge von Marokkanern in Djellabah und gleichgültigen Touristen. So wie ich wussten sie nicht, dass dieser schlanke Mann der große Schriftsteller Samuel Beckett war. Sein Gang schien der Bewegung eines nur für ihn eingestellten Pendels zu folgen, Absatzklappern, noch bevor sich das Bein in Bewegung setzt, steifer Körper, nach hinten geworfen. Der von einer großglasigen Brille verborgene ozeanblaue Blick schweifte zu weit über der Horizontlinie, um ihn zu führen.

 

Es hat mich so bewegt, die Dimension dieser seltsamen Gestalt nicht einfangen zu können, dass ich bisweilen vergaß, einen Film in meinen Apparat einzulegen.

 

Als sich unsere Wege kreuzten, haben wir uns getroffen. Ich ließ damals die Fotografie beiseite. Mit seiner würdevollen Stimme erzählte er mir von seinen Büchern, die seiner Frau Suzanne von 27 Verlegern abgelehnt worden waren, von seiner Freundschaft mit Joyce, von seinem Familienleben in Irland. Er stellte sich das Staunen seiner Mutter vor, wenn sie erfahren hätte, dass der den Nobelpreis bekommen hat. Er riet mir zu lesen, „um zu sehen, wie es die andern machen“.

 

Ich musste diesen ausgefallenen Gang und dieses markante Gesicht fixieren, mit Abstand betrachten, diese Schätze, die seine Worte, seine Ansichten waren, loslassen und wieder den Platz des Fotografen hinter dem Objektiv einnehmen.

 

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